Bas les masques ! Sortir des illusions dans nos couples

Bas les masques ! Sortir des illusions dans nos couples


« On ne peut pas rencontrer un autre tant qu'on ne s'est pas rencontré soi-même - Sarah Serevievic »


« J’ai l’impression que je ne l’ai jamais connu ! »
« C’est une autre personne ! »
« Il / Elle n’était pas comme ça quand je l’ai rencontré ! »
« Je n’aime pas ce que tu deviens ! »


Ces phrases vous disent quelque chose ? C’est des phrases que l’on a pu dire d’une personne proche de nous, avec qui nous partagions une intimité.
C’est aussi des phrases que je peux entendre au cabinet.


Aussi, ça me donne envie de vous parler des masques que nous portons, tous.



I. Mais d’abord c’est quoi les masques ?


Bien souvent lorsque je parle de masques, je peux avoir des discours de personnes en face me répondre « alors moi, je ne porte pas de masque ! Je dis toujours ce que je pense, je ne cache rien ! »
Ou encore
« C’est les personnes vicieuses qui portent un masque, les manipulateurs (trices) ! »


Et bien en fait sachez que nous portons tous des masques, et ce dès que nous nous levons le matin.


En ce qui concerne les manipulateurs(trices), là aussi je vous réponds que tout le monde peut l’être, tout le monde !


Le meilleur exemple que je puisse vous donner, ce sont les enfants, et les ados (pas les bébés) : regardez comme ils savent parfaitement faire pour avoir ce dont ils ont envie ! Souvenez-vous de vous plus jeune, lequel de vos parents cédaient plus facilement que l’autre ? Voyez ce que vous vous permettiez du coup avec ce parent-ci ?


Alors, enfant ou même ado, il n’y a pas forcément de grosses conséquences, mais une fois devenu adulte ces ex enfants (que nous sommes tous), gardent les mêmes mécanismes et les reproduisent dès qu’ils veulent quelque chose qui leur fait envie. Une augmentation, un amour, un poste, de l’amour d’un proche, de la reconnaissance, etc. Et c’est là que ça peut faire plus mal, que les dommages collatéraux peuvent être plus dramatique qu’enfant, car la sphère émotionnelle et les sentiments rentrent en jeu. Au fil du temps, ces mécanismes deviennent même inconscients, la personne ne se rendant plus compte qu’elle interfère différemment pour avoir ce dont elle a envie.


Gardons l’exemple des enfants. Observons-les, ils sont naturellement amour, tous les enfants (avant l’âge de 4 ans) ouvrent leur bras à tout, explorent, créent et puis quand ils sont en colère ils expriment leur colère, quand ils ont peur ils expriment leur peur, tout est normal, tout est fluide. Et puis, le petit enfant qui va grandir va commencer à entendre des choses qui vont lui indiquer les rôles qu’il a intérêt à jouer pour être aimer dans cette famille.
Par exemple, une petite fille qui va se faire réprimer quand elle pleure, qu’on lui invoque qu’elle doit être gentille et cesser de pleurer, va comprendre que le masque de la « fille gentille » est nécessaire pour être acceptée et aimée par ses parents (ce qui est complètement faux, on le sait adulte, mais en tant qu’enfant, c’est ce qu’elle va penser).
Idem si par exemple un petit garçon va s’affirmer en ne voulant pas manger par exemple et que sa famille va s’exclamer qu’il a déjà son petit caractère et qu’il fait penser à son grand-père, un homme qui s’affirme et qui a fait une grande carrière. Sans le savoir, et le vouloir, ce petit garçon va jouer le rôle de son grand-père, porter ce masque-là, pour être accepté et reconnu par sa famille.


Les masques et blessures commencent comme cela et nous accompagnent tout au long de notre vie.
Ce sont les rôles de nos vies.


 


II. Les pièges qui empêchent des relations saines :



1. Les attentes



Votre vie idéale à vous c’est quoi ?
Qu’imaginiez-vous comme vie lorsque vous étiez plus jeune ?


Vous voyez ce que vous venez de répondre à ses questions, génère de l’attente dans votre vie.


Je vais prendre un exemple, qui revient régulièrement en cabinet, pour étayer tout cela :


Si votre vie idéale, c’est : de rencontrer quelqu’un, acheter une maison, fonder votre famille, avoir un chien, la voiture qui va avec etc…


Lorsque vous allez rencontrer un homme / une femme, qu’est-ce qu’il va se passer ?


Vous allez mettre ce que l’on appelle les fameuses lunettes roses, vous allez voir l’autre personne avec le prisme de ce vous voulez dans votre vie (votre vision). Tout ce qu’elle dira vous ira, ce qu’elle fera aussi. Vous la trouvez géniale, et plus vous la découvrez, plus elle répond à tous vos critères, vous êtes heureux(s).
Vous-même, vous allez donner le meilleur de vous-même, la meilleure image, votre côté lumineux(s), tous vos côtés les plus aimables.


Et c’est super, cette période est géniale, c’est le conte de fée.
Ce que vous montrez à l’autre fait vraiment parti de votre personnalité, ce que l’autre vous montre fait aussi parti de ses facettes de personnalités.


Mais alors finalement le piège il est où ?


Le piège c’est qu’à partir du moment où cette personne ne répondra plus à vos attentes (ce qui finira par arriver immanquablement), à la vision que vous avez de la vie, vous allez penser que ce n’est plus la bonne, qu’il faut en changer, pire vous vous sentez trahi(e).
Aussi, ce n’est pas cette personne que vous aimiez, c’est ce qu’elle pouvait vous offrir (à savoir votre vision idéale).


Si je reprends l’exemple cité plus haut :
Votre autre, jusque-là parfait(e) pour vous, change de comportement suite à un évènement qui lui arrive (ex : maladie, licenciement, burn-out, problèmes financiers, familiaux etc …), et bien là c’est votre propre monde qui s’effondre puisque VOS projets, soit ne vont pas avoir lieu, soit vont être déplacés à une date ultérieure. C’est donc bien que cet(te) autre vous servait à atteindre ce que vous vouliez dans votre vie.


Attention ici il ne s’agit pas de juger quoi que ce soit, c’est ok de vouloir atteindre la vie que vous rêvez, j’attire juste votre attention sur le fait que ça pose la question de l’Amour dans les relations.


Rancœur
Sentiment d’injustice
De gâchis
D’avoir brisé votre vie
Le / La rendre coupable de tout briser
L’impression d’avoir perdu son temps


Ces sentiments sont en fait liés au fait que cette personne, sur qui vous aviez mis tous vos espoirs, ne sera pas celle (à ce moment-là de vos remises en doute) avec qui votre projet de vie se réalisera. Et ça fait peur, et ça rend triste, ça déclenche beaucoup de colère. Mais vous voyez là ce qui est déçu ? Ce sont vos attentes.


Personne dans la vie n’est figé,
Personne n’a que quelques traits de personnalité et doit s’y tenir coûte que coûte malgré ce qui peut arriver dans la vie,
Personne n’est que lumière, joie de vivre, soutien, protection, ou autre.
Tout le monde a des côtés plus sombre, des évènements aussi qui peuvent chambouler le cours de la vie et où la personne doit s’adapter.
Tout le monde est si complexe, avec son vécu, ses blessures plus ou moins guéris, ses façons de réagir face aux coups de la vie (fuite ou combat ?), ses réflexes, ses automatismes, etc.


Souvent, nous voyons le potentiel de la personne (avec notre prisme de ce que nous souhaitons dans notre réalité), pas la personne elle-même.



2. Nos blessures


Il y a le(s) rôle(s) que je joue, à mon insu, ET il y le(s) rôle(s) que je vais faire porter à l’autre.
Dès le début je vais lui faire porter des masques, (mon prince charmant, mon soutien, mon confident, etc…) et ça va engendrer de gros malentendus, à terme, puisque nous n’avons pas été dans ce discernement de regarder nos propres besoins, ni de regarder ceux de l’autre.
Nous sommes dans une histoire qu’on se raconte avec l’autre, mais avec soi-même d’abord.


« On ne peut pas rencontrer l’autre tant qu’on ne s’est pas rencontré soi-même. »


Et tant qu’on ne s’est pas rencontré soi-même, c’est là qu’on va projeter sur l’autre tout ce qu’on veut voir de soi-même.


Car ce qui est incroyable, c’est que « tout ce pourquoi je l’ai choisi, va être tout ce que je vais rejeter à un autre moment, plus tard. »


On va souvent choisir chez l’autre celui qui va (ou plutôt dont on croit qu'il va) réparer nos blessures. Or, c’est exactement le contraire qui va se passer puisque nous attirons à nous les problématiques qui vont correspondre à ce que nous avons à transformer en nous.


Et oui, incroyable n’est-ce pas ?


Les scénarios vont revenir dans nos vies encore et encore et ça va s’intensifier de plus en plus jusqu’à ce que la souffrance soit plus importante que la peur de changer.


C’est la Vie qui nous éduque.
C’est la répétition qui va nous éduquer.
Car l’Amour c’est l’appel au vivant.


Et nous avons peur de nos désirs les plus forts.
C’est normal d’avoir peur d’aimer puisque l’amour va nous confronter au désamour de nous-même.


Tant que je vais vivre cet amour à l’extérieur de moi-même, c’est-à-dire mettant sur l’autre toutes les qualités que je ne me reconnais pas à moi-même, je vais être dans cette dépendance qui va me mettre en souffrance et qui va faire qu’à un moment je vais en vouloir à l’autre de pas être ce que je voudrais être et je vais être dans cet inconfort qui va faire que je vais résister, être dans la lutte, les reproches, au lieu d’être dans le courant de l’Amour.


Parce que l’amour nous ébranle.
Et parce qu’on a peur de perdre ce qu’on aime, on va cristalliser la relation, la stigmatiser, au lieu de la faire évoluer et c’est là que commence la souffrance, c’est là qu’on va commencer à mettre des masques, et toute souffrance commence quand nous portons un masque puisque nous ne sommes pas nous-même.
Derrière ce masque, cette armure, on s’est coupé de nos élans de vie.



III. Quels choix faites-vous ?


« Quand deux personnes se rencontrent et jouent cette danse, il peut se produire soit de la Lumière, soit un Incendie. »


Car en effet, quand la relation commence à vous ébranler, quand vous sentez que la souffrance a franchi votre porte, vous avez deux choix :


- Soit braquer le projeteur sur l’autre et être dans les reproches, remettre la faute sur lui, laisser jouer votre ego au jeu du « il a tort, j’ai raison », et finir par gâcher complètement, en préférant partir. Et rejouer le même scénario avec une autre personne (car comme dit plus haut, les scénarios se répètent, jusqu’à ce qu’on finisse par comprendre ce qui se jouer)


- Soit décider d’évoluer et de faire grandir la relation.


Il n’y a pas de « meilleur » choix, il y a la décision que vous prendrez et à ce moment-là, elle sera bien. Et je ne reviens pas ici sur les fois où il est urgent de fuir et de quitter certaines personnes particulièrement toxiques pour nous.


Si vous choisissez la deuxième solution, il y aura forcément des confrontations parce qu’il n’y a pas plus belle initiation que l’Amour.
Pas plus belle école que l’Amour pour nous initier à nos vrais baptêmes, lorsque nous acceptons l’ascension ET la descente. Le couple passe par des phases différentes.


Il y a un moment où il va falloir enfin se poser cette question : Mais qu’est-ce qui fait que je rencontre tout le temps ce genre d’hommes / de femmes ? Quelle est la part de moi qui appelle ça ?


Et quand je vais comprendre que c’est l’ambition de mon âme qui est venue me chercher avec cette relation finalement, comprendre que ce n’est pas une vacherie envoyée par la vie, que c’est le contraire, c’est l’ambition de mon âme qui me demande d’évoluer PAR cet Amour.
Cet Amour c’est l’occasion pour moi, et pour lui en face (on se rencontre dans des problématiques complémentaires et des blessures communes), et ensemble on va choisir d’évoluer OU d’intensifier la blessure.


L’Amour commence déjà par la reconnaissance de nos vulnérabilités.


Et quand je vais commencer à aimer toutes les parts de moi, à m’aimer dans mon entièreté, avec tout ce que je contiens de pire ET de meilleurs alors je peux commencer à rencontrer un autre et à avoir de la compassion pour les travers de l’autre puisque j’ai de la compassion pour mes propres travers.


Porter une attention également dans le donner et recevoir dans un couple.


Souvent, on croit que donner c’est un acte de grande générosité, pas si sûre que cela. Car tout dépend de l’intention que l’on a quand on va donner quelque chose à quelqu’un.
Si on donne avec une intention, plus ou moins secrète, de recevoir quelque chose, je ne suis pas sûre que ce soit de l’Amour.
Ce qui est important dans ce donner et ce recevoir, c’est la lumière qu’il comporte.
La lumière vient de l’intention.


Quand je donne, comment je donne ? Pourquoi je donne ?
Quand je reçois, comment je reçois ? Pourquoi je reçois ?


C’est un sacré équilibre, une sacré chorégraphie, cette danse à deux, il y aura des jours où vous échouerez, mais si l’intention est là, la communication, c’est ce que je vous souhaite comme cadeau, car là, vous vous laissez vraiment traverser par la Vie.


Toujours garder en tête et avoir conscience de ne jamais abîmer l’Amour, ne pas profaner l’Amour, ne pas éclabousser ceux que nous avons aimé.
Et je terminerai ici car je trouve cela si important, le respect de l’autre c’est le respect pour vous aussi.


 


Si ce sujet vous interpelle, vous touche, résonne fort, je peux vous accompagner vers votre autonomie affective et à travailler sur vos blessures.


 


Article inspiré de :
- Sarah Serevievic et de son livre « Aimer sans masques »
- Brenda Shoshanna et de son livre « Le Zen et l’art de tomber amoureux »
- Don Miguel Ruiz et de son livre « la maîtrise de l’Amour »